Or donc, depuis bientôt quatre mois maintenant, je suis chômeuse. Ne vivant pas d'amour et d'eau fraîche, je me suis inscrite à Pôle Emploi, histoire d'essayer de grapiller quelque maigre allocation gagnée sur le dos des honnêtes travailleurs que vous êtes. Ne me remerciez pas, je prends déjà assez de plaisir à être une profiteuse.

Alors, pour ceux qui n'auraient jamais eu la chance de passer un jour par le monde merveilleux du chômage, je vais faire un rapide résumé de ce que c'est. Pour commencer, tu t'inscrit sur Internet, histoire d'éviter le déplacement (t'iquiète, t'auras tout loisirs de faire pleins d'aller retour jusqu'à l'agence pour l'emploi par la suite). Tu reçois alors un dossier à remplir. Tu le reçois en triple exemplaire, normal, c'est juste pour vérifier si tu remplis pas au pif, à la fin, ils en voudront qu'un. Et par la même occasion, tu reçois aussi une convocation pour rencontrer pour la première fois ton conseiller perso. Là, tu vas faire le point sur ta situation... Et ton conseiller va tenter coûte que coûte de se débarasser de toi. Son but, non affiché mais pourtant très clair, est d'éviter de te revoir pendant un nombre de mois aussi élevé que possible. Tous les moyens sont bons : te rediriger vers la mission locale (dès que t'as moins de 28 ans, pas de réflexion, t'es bon pour la mission), te renvoyer vers une formation (t'avais jamais rêvé de te mettre au Mandarin? Ben c'est l'occasion, justement y a une formation là), te faire faire un bilan de compétences (ou tout autre prestation du même genre qui est bien sur sous traitée) ou encore te proposer une annonce de travail "raisonnable" (à deux heures de chez toi, un boulot de balayeur alors que t'as un doctorat en physique quantique, c'est "raisonnable"). Il y a bien un autre moyen qui pourrait te renvoyer loin de lui : t'envoyer à un entretien d'embauche pour LE job qui te conviendrait. Mais ça, on ne l'a encore jamais vu. Enfin, moi, je ne l'ai jamais vu, mais je suis prête à écouter les éventuels témoignages des petits veinards à qui c'est arrivé.

Je n'échappe pas à la règle, je me suis fait éjecter du parcours. Désormais trop vieille pour la mission locale, déjà un poil trop qualifiée pour me voir proposer une formation, je me suis donc vue prescrire (oui, le conseiller Pôle Emploi, il se prend un peu pour un médecin, c'est normal) une prestation qu'elle est formidable, que ça s'appelle Cap Projet Professionnelle. On soigne la formule chez Paul.

Alors quoi t'est-ce que c'est que cette histoire là? Déjà, c'est l'assurance pour ton conseiller de ne pas devoir te convoquer avant trois mois. S'il a un peu de bol, entre temps, tu te seras trouvé tout seul comme un grand un nouveau travail et le tour est joué.

En attendant, de ton côté, te voilà à remplir ton agenda jusqu'à l'été avec des rendez-vous hebdomadaire avec ton nouvel ami : le consultant de ta nouvelle prestation. Tu vas pouvoir répondre à ceux qui voudraient t'occuper sous prétexte que tu es au chômage et que donc tu as le temps : "j'peux pas j'ai piscine ponney Cap Projet Professionnel" et t'avoueras que ça claque un max!

Pendant trois mois, une semaine sur deux, tu passes une journée entière avec ta nouvelle bande, tous tes nouveaux copains les chômeurs. C'est un peu comme la Star Ac, sauf que personne chante. Et que c'est pas Nikkos qui présente. Et que personne se fait éliminer. Enfin, sauf les trois qu'on ne reverra jamais passé la première réunion. Qui a trouvé un CDD de 15 jours chez Mac Do, qui a râté son bus et décidé que c'était la bonne occasion de se carapater, qui a préféré retourner dans son pays, là où son diplôme niveau bac +10 vaut quelque chose... On ne saura jamais les raisons de leur départ, mais ils ont préféré ne pas donner suite à la proposition.

Pour les autres, c'est le début d'un long combat. Des heures à passer au crible nos CV, à contempler nos expériences passées, à en extraire nos compétences, nos atouts, nos lacunes.... Des heures, des heures et des heures. Remonter le temps depuis la maternelle parce qu'on sait jamais. Limite, on se croirait chez le psy. Et rapidement, on commence à se demander quand est-ce qu'on va finir par passer aux choses sérieuses, parce que là, ça va bien de se triturer le neurone à rendre nos défauts acceptables, mais on voudrait bien commencer à se demander ce que c'est que le boulot qu'on doit se mettre à chercher à la fin. Si possible, sans refaire une formation.

Comment ça, j'en demande trop? Mais non, c'est pas ça, c'est juste que je suis trop pressée de revoir ma conseillère Pôle Emploi perso trop choupi!