Parce que les champs de coton, ça ne court pas les rues par ici, il faut bien le dire. Juste pour ceux qui seraient en train de se demander si je n'ai pas définitivement laissé griller mes derniers neurones à la chaleur torride du début de la semaine, je précise que j'ai détourné le titre d'une pièce de théâtre "Dans la solitudes des champs de coton" de Bernard-Marie Koltès.

Maintenant qu'on est rassurés sur l'état de mes neurones, on va pouvoir se concentrer sur l'état des tournesols donc. Parce qu'on est à peine entrés dans le mois de juillet et il y a deux jours, j'ai vu un champs de tournesols déjà quasiment tous fanés. Alors qu'il y a un an, ils étaient tout juste en fleur. Je me souviens parfaitement avoir pensé que si je devais un jour changer d'avis au sujet du mariage, le bon mois serait juillet, précisément parce que j'aimerais beaucoup des tournesols en guise de bouquet de mariée. Je suis pas classique comme fille, je peux te dire qu'il est pas né celui qui me fera porter une robe blanche meringue. Pour moi, la robe de mariée ça sera turquoise, fushia, anis, chocolat ou... jaune tournesol bien sur.

Tout ça pour dire que, c'était sympa ce printemps, ce soleil, ces cafés en terrasse, cette chaleur, ces petites robes ressorties avant l'heure de nos placards. Oui, c'était plutôt sympa.

Ouais, ben parles-en donc à ceux qui gagnent leur vie en faisant pousser et en élevant les matières premières de ce que tu utilises tous les jours pour remplir ton assiette et celles de tes enfants. Sécheresse oblige, tout est en avance cette année. Et qui dit en avance et sans eau dit aussi moins de rendement. Conséquences, pour ceux qui vivent de la culture, moins de rentrées d'argent dans les caisses donc moins de liquidité pour démarrer l'année suivante. Pour ceux qui vivent de l'élevage, plus assez d'herbe dans les champs, donc obligation pour eux d'entamer les réserves normalement dédiées à passer l'hiver, donc pas d'autre choix que de reconstituer lesdites réserves en achetant des aliments de complément. Voire, pour ceux qui n'auraient pas les liquidités suffisantes, une réduction conséquente de leur cheptel.

A notre époque, il est déjà très difficile de vivre du travail de la terre. Ce printemps trop chaud et trop sec fragilise un peu plus ce métier qui attire de moins en moins de passionnés. La culture, dans tous les sens du terme d'ailleurs, vit bien souvent des subventions. Pas par choix, n'importe qui préfèrerais pouvoir gagner sa vie de son travail et uniquement de son travail. Dans les conditions que nous connaissons actuellement, ces subventions sont vitales pour les agriculteurs et donc pour chacun d'entre nous. Parce que sans eux, plus de beurre dans nos épinards puisque même plus d'épinards dans nos assiettes.

Monsieur le président. S'il te plaît, toi qui n'est pas qu'un idiot j'en suis sûre, est-ce que tu pourrais faire quelque chose pour sauver les exploitations de ceux qui nous nourissent. Par exemple, plutôt que de dépenser des fortunes pour envoyer nos hommes se faire tuer dans des conflits qui ne nous concernent pas, dans des pays dont les populations ne nous ont rien demandé, tu pourrais permettre à mon ami Jean-Michel d'avoir de quoi nourir ses vaches qu'il aime tant cet hiver. (et en même temps si tu pouvais doter la Seine et Marne d'un ou deux chasse-neige et donner deux ou trois cours de conduite sur neige aux autochtones, ça pourrait servir si on a le même hiver que les deux précédents)

Monsieur le responsable de grande distribution. Par pitié, arrêtes de nous prendre tous pour des jambons. Si tu crois qu'on te crois avec tes histoires d'augmentation de charges qui expliqueraient que tes clients payent de plus en plus cher des produits que tu paye toujours le même prix auprès des producteurs, tu te foures le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Ca te déranges pas du coup que mes potes et moi on vienne, un de ces samedis, bloquer un peu ton parking avec des tracteurs pleins de fumier? Ca devrait booster ton chiffre d'affaire et du coup, tu pourrais peut-être reverser une partie de tes marges à la famille de L'amour est dans le pré. (c'est fou cette famille bourgeoise à particule qui s'est lancé dans l'agriculture depuis quelques années, c'est pas banal)