Je te l'ai déjà dit, qu'en ce qui me concerne, j'ai la ferme intention de ne pas donner la vie (non, on revient pas là dessus, moi la gastro de neuf mois, ça me tente vraiment pas). Etre maman n'est pas du tout quelque chose qui me tente. Pour diverses raisons que je ne vais pas développer ici. Et pour aujourd'hui, on va dire que vous allez me faire grâce des fameux "mais ça c'est juste parce que tu n'as pas rencontré l'homme de ta vie", les "tu es encore jeune, tu verras, tu changeras d'avis un jour" et autres "mais non, avec la péridurale maintenant, ça fait pas mal". Je les ai déjà entendu assez souvent, donc, pas aujourd'hui.

Malgré tout, c'est pas pour ça que je suis une handicapé émotionnelle qui considère l'accouchement comme une grosse blague (rapport à ma récente évocation de ce moment comme "un colloque autour d'un vagin en pleine dillatation", c'était un trait d'humour, parce que y en a marre des "c'est trop mignon").

Même que hier, quand je suis allée m'inscrire à la médiathèque de ma "nouvelle" ville (un atelier de théâtre, la médiathèque, on est à deux doigts de dire que je vais rester là toute ma vie) j'ai inauguré ma carte toute neuve en empruntant Le premier cri (je voulais emprunter des pièces de théâtre mais je les ai pas trouvées). Ben quoi? Je l'avais râté au cinéma et j'avais envie de le voir.

Je dois dire que je suis un peu déçue. Oui, j'avoue que j'aurais aimé que les petites présentations des femmes soient toutes faites par les femmes elles même. Je m'explique.

La maman canadienne et la maman française (on va en reparler quand même d'elle hein) expliquent, en voix off, l'histoire de leur grossesse, les choix qu'elles ont fait pour leur futur accouchement. Le tout en français, bien sur, avec bonus accent Québécois pour la canadienne. Pour toutes les autres femmes, qui ne parlent pas le français, une voix off en français nous expliquait à leur place. Sans doute reprenant en les traduisant, les explications des femmes elles même. Et moi, je dois dire que j'ai le syndrôme VO, qu'on pourrait aussi appeler syndrôme Auberge Espagnole. J'aurais préféré entendre les femmes parler, dans leur langue, avec un petit sous titre. J'aurais eu cette envie d'entendre ces différentes langues, ces différentes sonorités. J'ai même trouvé un peu frustrant d'entendre la maman canadienne parler à ses amis anglophones en anglais et avoir la traduction simultanée en voix off de ce qu'elle leur disait.

Passée cette légère frustration, ce film est magnifique. Pudique, sans voyeurisme malsain. Juste un regard, à la fois extérieur et impliqué. Gilles de Maistre a fait le pari, à travers les accouchements, de pointer les différences de cultures et les choses qui nous rapprochent tous. Et c'est réussi. Est-ce qu'on se sent vraiment moins seule dans une maternité surpeuplée du vietnam qu'en plein milieu du désert? Est-ce que c'est forcément plus problématique d'avoir un septième enfant en Afrique qu'un quatrième enfant (troisième fille) en Inde? Est-ce qu'on a moins peur d'avoir un premier enfant dans un milieu sécurisé que d'agrandir la fratrie dans un milieu moins sécurisé?

J'aime aussi l'humour de Gilles de Maistre, pendant l'attente. Parce que bien sur, on ne sait jamais vraiment quand ça va arriver. Il lui est donc arrivé de rester avec son équipe des jours voire des semaines à attendre que le moment soit venu. "Elle a porté des centaines de litres d'eau, des dizaines de kilos de bois, elle a déplacé sa maison quatre fois, mais elle a toujours pas de contractions".  Mais aussi sa façon de s'effacer, de ne pas rester omniprésent dans tous les moments très intimes qui entourent la naissance. Une fois l'accouchement filmé (je le répète, sans voyeurisme, avec pudeur, rien à voir avec les vidéos gores qu'on a pu nous passer en cours de sciences nat au collège), il se retire (sans mauvais jeu de mots, bande de pervers) pour laisser aux parents le temps de découvrir leur enfant.

Maintenant, reparlons de la francophonie. Je sais pas d'où ils les ont sorties les mamans francophones, mais sans rire, pour quoi on passe?

La française, je sais pas si elle est représentative de toutes les mamans française, mais j'espère que non. Parce que elle, quand même, comment te dire ça sans te heurter? Ben d'avoir accouché, ben elle a gravement craqué son slip quand même! (pour reprendre une expression très imagée de notre époque) Je sais pas si c'est la péridurale ou si elle a fumé un joint juste avant, mais je trouve ça légèrement suspect de s'extasier à ce point. Non, je comprend qu'on trouve son enfant mignon, c'est normal, mais là, quand même, elle a la tonalité d'une hyperactive sous emphèts.

La canadienne, elle, avait décidé d'accoucher chez elle, sans médecin ni sage femme. Jusque là, ma foi, on est d'accord que l'accouchement est un évènement naturel que beaucoup de femmes ont traversé par le passé, sans aide et qu'elles n'en sont pas toutes mortes. Mais on sait aussi que c'est un moment qui peut poser certains problèmes. Vouloir accoucher un peu naturellement, sans péridurale, sans aide superflue, c'est une décision que je respecte. Mais s'il y a complication et qu'il y a un hopital dans les environs... c'est quoi le délire d'attendre que ça passe tout seul? Je rigole pas là! Le bébé est né sans encombre, il se porte bien. (là, les garçons, si vous êtes sensibles, bouchez vous les yeux) La maman semble aller bien aussi sauf que alors que le bébé est né depuis plusieurs heures, le placenta est toujours à l'intérieur (je précise pour les nullipares, c'est pas censé rester dedans après l'accouchement, ça sert plus à rien, normalement le corps l'expulse). Ce qui peut être problématique, d'ailleurs tous les amis présents à l'accouchement (oui, qu'accoucher sans aide médicale n'empêche pas d'organiser le fameux colloque quand même) sont un peu inquiets, rapport qu'elle pourrait faire une hémoragie. Le jeune papa se décide à appeler sa mère (???) elle a eu plusieurs enfants, elle doit savoir quoi faire (!!!) pour lui demander conseil. Ben moi, déjà là, dans le doute, c'est plutôt les pompiers que j'aurais appelé quand même. La mère lui répond d'aller dare dare à l'hôpital, que là bas, ils sauront quoi faire, à savoir aller le chercher manuellement. Ben eux, non, ils restent chez eux et une des copines, vaguement gantée pour l'occasion, se colle à la corvée. Moi, je dis, cette femme est folle!